Historique

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Saule blancLe saule blanc est l’ancêtre de l’aspirine au même titre que «homo habilis» est celui de l’homme.

L’échelle de temps diffère un peu, concédons le, mais des tablettes sumériennes, datant de -3200 avant J.-C., faisant mention de décoctions de feuilles de saule, donnent toute crédibilité à l’allégorie.

Quoi qu’il en soit, les témoins sont nombreux pour attester de l’utilisation ancestrale de l’écorce du saule pour ses vertus curatives. On peut appeler à la barre, d’ancien égyptiens ou le médecin grec Hippocrate (460-377 av J.-C.), les romains aussi…

Dès le premier siècle, nos ancêtres éloignés affectés de la podagre, eh oui la bonne vieille crise de goutte avait déjà court, peuvent aussi témoigner que Dioscoride leur prescrivait déjà en ce cas, avec une certaine efficacité, des décoctions de feuilles et d’écorce de Saule Blanc.

Effectivement, l’écorce de Saule soigne la fièvre et les douleurs. En comprenant que, jusqu’au XVIIIe siècle va se répandre cette connaissance, il serait injuste d’oublier la confusion qui a attribué par erreur les mérites de la quinine à celles du Saule Blanc.

QuinineAinsi, dès le XVIIe siècle, riche de récits fabuleux, les marins reviennent en Europe avec l’histoire d’un arbre à fièvre miraculeux qui pousse en Amérique du sud. Son écorce, réduite en poudre, fut importée par les jésuites et connue sous le nom d’écorce du Pérou. Elle fut utilisée pendant deux siècles et assimilée à l’écorce de saule, avant qu’on ne puisse en extraire le principe actif, au goût amer caractéristique, la quinine.  

Toute ambiguité est levée en 1829, et c’est bien un pharmacien français, Pierre-Joseph Leroux qui met en évidence des cristaux solubles en faisant bouillir de la poudre d’écorce de saule blanc dans de l’eau. Le nom latin de l’arbre, Salix Alba, lui font nommer ses cristaux: salicyline. L’inventeur ne trouvera jamais les moyens financiers d’affiner sa découverte.

Ce sont des allemands qui retireront les marrons du feu, pourrait-on dire, en réussissant à purifier la salicyline et en la renommant au passage acide salicylique.
                                                                                                            
Reine des présL’histoire ne s’arrête pas là et le match est loin d’être joué !

Pendant les 50 ans qui suivent, diverses substances proches de l’acide salicylique seront proposées et utilisées avec des résultats divers et autant d’effets indésirables constatés. En 1835, on découvre que l’acide spirique, issu de la Reine des Prés, est chimiquement identique à l’acide salicylique. Le salicylate de sodium, obtenu à partir d’extraits naturels de cette plante devient un médicament couramment employé pour lutter contre la fièvre et les douleurs. Il sera produit industriellement en Allemagne à la fin du XIXe siècle mais, si son efficacité est évidente, l’importance de ses effets indésirables, en particulier au niveau de l’estomac, est à redouter.

La balle repasse dans le camp français une nouvelle fois en 1853, avec une occasion en or d’emporter le match et de s’attribuer la découverte de l’acide acétylsalicylique : l’aspirine ! C’est effectivement un chimiste strasbourgeois, Charles Frédéric Gerhardt qui découvre un procédé de transformation du salicylate de sodium en acide acétylsalicylique. Malheureusement, sa méthode est complexe et aboutit à un produit impur… Le savant meurt trois années plus tard et ses travaux comme son nom tombent dans l’oubli…

… manifestement pas pour tout le monde !

Felix HoffmannRetour dans le camp allemand avec une très belle action de jeu des laboratoires Bayer qui embauchent en 1894 Felix Hoffmann. Ce chimiste, loin de rester sur le banc de touche, reprend à son compte les travaux du français Charles Frédéric Gerhardt et trouve, en octobre 1897 le moyen d’obtenir de l’acide acétylsalicylique pur ! GOOOAL ! (en Allemagne on aurait plutôt hurlé : "Auf geht's, Deutschland schieß ein Tor!" !!!)

Revenons à nos moutons !

Honnête homme, Hoffmann transmet ses résultats à son patron, Heinrich Dreser. Ce dernier fait la fine mouche et doute de l’intérêt de la découverte. Durant deux ans, Hoffmann insiste et teste son médicament en le proposant à des amis médecins, dentistes qui l’essayent à leur tour, avec réussite, sur leurs patients. Hoffmann s'en sert par ailleurs pour soigner son père, qui souffre de rhumatismes chroniques et prend jusque-là du salicylate de sodium.

En 1899, la société Bayer comprend l’intérêt majeur de l’acide acétylsalicylique et dépose le brevet et la marque sous le nom d’Aspirin. En France, le médicament arrive en 1908 et c’est la société chimique des Usines du Rhône qui en assure la commercialisation avec force publication !

Le traité de Versailles qui fait suite à la guerre de 14/18, décide unilatéralement de basculer le procédé de fabrication ainsi que la marque « Aspirine » dans le domaine public dans différents pays (France, Etats-Unis…).

L’aspirine serait donc une prise de guerre, en somme !

La « grande guerre » est bien finie, mais la véritable paternité de l’aspirine continue encore, jusqu’à nos jours, à faire l’objet de polémiques… Effectivement en 1949, c’est le supérieur hiérarchique direct de Hoffmann, Arthur Eichengrün, qui revendique la paternité de la découverte de l’aspirine. Des recherches menées en 1999 attestent de la crédibilité du fait… Bayer, dans un communiqué de presse officiel, répond en réfutant cette théorie !

Allez démêler le vrai du faux… On ne va pas refaire les guerres, quand même !

Ce qui est certain, en tout état de cause, est le fait que le mécanisme d’action de l’aspirine sera découvert bien plus tard. Sans ambiguïté aucune cette fois, c’est en 1971 que les chimistes anglais John Vane et Priscilla Piper découvrent l’action inhibitrice de l’aspirine sur les prostaglandines…

… avec un prix Nobel de Médecine à la clef pour Monsieur John Vane en 1982 pour ses travaux en ce domaine, s’il vous plait !
Plus tard encore, en 1967, ce sont les propriétés anti-agrégantes plaquettaires de l’aspirine qui sont mises en évidence. La première étude clinique démontrant son efficacité dans les maladies cardio-vasculaires date, quand à elle, à peine de 1978 !
En 400 avant J.C, en préparant ses décoctions d’écorce de saule, Hippocrate n’avait sûrement ni soupçonné une telle épopée, ni la longévité et les qualités de la star à naître ! Il n’aurait pas plus songé aux défauts de la très séduisante ASPIRINE, comme nous l’allons montrer tout à l’heure !